Alors heureux ?

Aujourd’hui j’admirais la débilité mesurée arrivée dans ma demeure : la télévision. Entre mes 200 chaînes, j’ai le choix, et même que je quand même réussi à tombé sur le publicité et notamment sur une qui me phagocyte le bourrichon. L’ancienne banque de Tapis dont on finit seulement de payer la facture, le Crédit Lyonnais (dit LCL pour faire plus « in » et pour oublier l’ancienne période).Cette fois c’est clair, les créatifs se sont fait plaisir et arrivent presque au niveau de celle de 9 Télécom (l’un comme l’autre n’osent même pas mettre leurs noms en bas à gauche) : c’est l’une des plus tartignoles campagne de pub pour une banque qui nous ait été infligée depuis longtemps. Merci donc à l’agence de me donner l’occasion de m’exprimer, même si ce n’est probablement pas le but recherché. Je remercie donc ASAP ( Olivier Aubert et Anne Stoch) et le réalisateur Jean-Michel Ribes pour avoir comis cet affreux spot publicitaire.

Benoît Tranzer, directeur général d’Ipsos ASI semble analyser les choses différement : « Il est des campagnes qui marquent les esprits, tous les esprits, de la profession publicitaire comme du grand public. Celle installant la nouvelle marque du Crédit lyonnais restera, sans nul doute, dans les annales. Les saynètes façon Deschiens et la mécanique publicitaire ont permis, avec un niveau de visibilité très élevé, de rapidement construire un territoire de communication spécifique. Avec cette campagne LCL, le « vouloir publicitaire » se conjugue avec le « pouvoir publicitaire ». »

Pour rappel, la saynette, dans une mise sn scène désastreuse et vide d’intérêt, nous montre se succéder une série de people, d’Eli Semoun à Lorànt Deutsch, qui fait non-agréablement penser à La Poste qui, déjà, massacraient allègrement l’image de malheureuses starlettes de la bande à Ruquier, contraintes de s’exhiber piteusement sur nos fenestrons pour des raisons fiscales inavouées mais honteusement visibles.

Concernant le message à faire ingurgiter, ici comme ailleurs, pas question de prendre le pigeon à rebrousse-plume. Il faut que le consommateur (consommé ?) se sente rassuré et désiré ; qu’il ait l’impression que, avant d’en vouloir à son argent, c’est d’abord son client que la banque veut. Dans les pubs de banque, celle-ci est donc forcément présentée comme une institution philanthropique qui veut le bien des gens, qui leur parle gentiment, qui se soucie de leur vie quotidienne, de leurs désirs, qui les chouchoute, le tout avec une pointe d’humour de bon aloi tendant à démontrer que, décidément, un banquier est un chouette gars, pas du tout le vampire intraitable et sans coeur que certains aigris aiment à dépeindre. Dans le petit monde de la pub de banque, le client n’a jamais de problème de fric, et il n’est bien sûr jamais question d’interdiction bancaire pour 30 euros de découvert. C’est cool les banques. J’me demande encore pourquoi je ne change pas de banque.

La question que je me pose mantenant est quant à l’efficacité. Même si selon Stratégies : Score de reconnaissance : 89 % (standard 75 %)Score spécifique : 34 % (standard 8 %). Comprendrons ceux qui peuvent. Néanmoins comment un « gens » moyen peut-il raisonnablement s’identifier à l’un de ces millionnaires du poste qui miaule bêtement sur la lucarne ? Niveau identification, on peut donc dire que l’effet est moyen. Il n’y a bien que dans l’esprit ravagé par la coke d’un publicitaire, aussi déconnecté des réalités de la vie des français que les vedettes qu’il met à l’écran, que ce genre de trouvaille peut naître !

« Alors, heureux ? », conclue toujours en voix off l’aimable et mutin banquier à l’attention de ses futurs pigeons, euh clients. A quoi nos malheureux VIP, bien obligés d’aller au terme de leurs contrats, acquiescent docilement à grand renfort de hochements de tête, roulements d’yeux ou gesticulations démonstratives des « Oui, oh oui alors ! Heureux de chez heureux ! » presque orgasmiques. Remarquez, comment en douter ? Bien sûr qu’ils sont heureux d’avoir palpé tant de pognon pour seulement une demi-journée de tournage ! Mais, une fois rentrés dans leur superbe pavillon de banlieue, quand ils leur arrivent de tomber sur le spot sus-décrit dans laquelle ils se sont embarqués, leur arrivent-ils d’échapper à la honte et de résister à l’envie de couper la télé ?
Alors, heureux ?

Benjamin
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