Hommage à Lucie Aubrac

Cette nuit, Madame Lucie Aubrac née Bernard nous a quitté, laissant derrière elle son mari Raymond. Née d’une famille de maraîchers le 29 juin 1912, elle se destin à devenir institutrice après la fin de la première guerre mondiale. Après de brillante étude, la future grande dame de la « guerre de 40 », la Jean Moulin féminine, passe avec succès le concours de l’Ecole Normale. Le caractère déjà bien forgé, elle refuse à 17 ans le port de l’uniforme et l’univers carcéral que représente pour elle l’internat et décide de s’installer à Paris. Elle fait la plonge dans un restaurant afin de gagner sa vie et poursuit ses études en parallèle : elle obtiendra son baccalauréat, deux certificats (d’Histoire et de géographie) à la Sorbonne –où elle rencontrera son mari- et finira agrégée d’Histoire. Fille de l’Entre-Deux-Guerre, elle perçoit avec forces les douleurs de son temps au contact des jeunes européens qu’elle rencontre et prends rapidement conscience des dangers du fascisme qui monte en puissance. En 1936, elle se rends à Berlin à l’occasion des jeux olympiques et repartira profondément outrée des premières ravages de l’antisémitisme nazi.
Juin 1940 : la France humiliée signe l’armistice avec Hitler et le gouvernement de Vichy se met en place ouvrant la voix de la collaboration. Nuitamment s’ouvre une seconde voix dans l’ombre et la clandestinité dont Lucie et Samuel, son mari, furent des figures légendaires. Ils s’engagent tous deux dans la résistance à Lyon et créent Libération-Sud. Raymond devint alors membre de l’état-major de l’armée secrète de Delestraint. Arrêté puis relâché le 15 juin 1943 par la milice, il fut à nouveau arrêté par la Gestapo le 21 juin 1943 à Caluire, avec Jean Moulin. Lucie prends la tête d’un commando armé et lance une opération militaire pour libérer son mari. Ils quittent ensemble la France en février 1944 pour rejoindre De Gaulle à Londres puis à Alger. A la fin de la guerre, elle fut chargée de la mise en place des comités départementaux de libération, puis déléguée à l’Assemblée Consultative. Raymond devint le plus jeune commissaire de la République (1944-45) puis entra au ministère de la Reconstruction et s’occupa du déminage du pays (1945-1948). Refusant de se servir de son passé d’héroïne de la Résistance pour faire une carrière politique, Lucie Aubrac reprit ses activités d’enseignante et de femme engagée, au Maroc et durant la guerre d’Algérie. Elle prends sa retraite quelques dizaines d’années après mais continue de silloner la France afin de parler de ses expériences. C’est à cette occasion que j’ai rencontre cette merveilleuse femme il y a quelques années. De passage dans mes Ardennes natales, cette nonagénaire remplie d’une énergie peu commune est venue à nous pour expliquer que la résistance n’est pas uniquement une valeur existante en période de guerre. Résister, refuser, être prêt à monter en première ligne pour défendre sa liberté est un acte de citoyenneté. En temps de paix, c’est le vote qui confère à tous cette chance de pouvoir donner son avis. Il faut donc en faire bon usage.
L’héroïsme chevaleresque de la Résistance restera longtemps gravé dans les manuels d’Histoire, tout comme cette rencontre restera dans ma mémoire.

Benjamin Charles

Photographe, réalisateur, consultant social media & content

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