L’ami de faillite

Depuis le 10 novembre 2006 en Italie circule L’ami de la famille (rien à voir avec Le héro de la famille ), un film assez pour être signalé. Il s’agit de l’histoire de Geremia de Geremei, 70 ans, usurier, monstrueusement laid, sale, riche, radin, cynique et ironique, disons qu’il aurait pu faire zompolitik s’il avait échoué dans sa carrière d’usurier. Il a un rapport morbide avec l’argent : obsessionnel. Tout le rend malade, sa mère, l’argent, les femmes, les communistes, Royal, etc. La vie quoi ! C’est pour cette raison qu’il a l’impression d’être seul. Et pourtant il ne l’est pas : tout le monde est avec lui. Et moi aussi d’ailleurs ! Présenté à Cannes en 2006, le film est sorti hier sur 130 écrans italiens, mais n’a pas encore de date fixée en France. « Après Cannes, nous avions du temps devant nous, explique le jeune réalisateur napolitain (36 ans), et puisque aucun film n’est jamais parfait, nous avons coupé 6 minutes. Le film me semblait en effet un peu long et parfois ardu à comprendre ». L’ami de famille , écrit par Sorrentino lui-même, a été façonné pour l’acteur napolitain Giacomo Rizzo, qui du Decameron de Pasolini en 1971 à nos jours, dans des dizaines de films de genre (souvent comiques), a toujours eu des rôles secondaires. « J’ai toujours aimé cet acteur extraordinaire. Évidemment, quelqu’un d’aussi bizarre ne peut être utilisé que pour certains personnages, mais ce film pouvait lui donner l’occasion d’avoir enfin le rôle principal ». Dans ce troisième film d’un jeune cinéaste à présent considéré comme l’un des plus originaux du cinéma italien actuel, Giacomo Rizzo incarne avec une grande efficacité un détestable usurier de l’Agro Pontino, verbeux et obsédé par le corps des femmes, qui se fait appeler «  d’or » et s’insinue dans les histoires des familles à qui il prête de l’argent. Voilà donc de nouveau un personnage extrême, après les héros de L’uomo in più et Les conséquences de l’amour . « Nous sommes tous comme lui, théorise Sorrentino, et pour trouver de l’abjection il suffit d’ouvrir le journal ou de se promener dans la rue le dimanche après-midi. Chacun de nous deviendrait plus facilement un Geremia qu’une mère Teresa ».

Benjamin Charles

Photographe, réalisateur, consultant social media & content

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