L’art peut-il se passer de règles ?

Chronique publiée sur Le Transistor

L’art peut-il se passer de règles ? Telle était la question posée aux candidats du bacacado scientifique en épreuve de philosophie cette année. Elle n’est finalement pas loin de la question que l’on est en droit de se poser tous les jours en écoutant un disque.Dans l’art, on entend d’abord… lard. Puis on entend liberté. Comme si l’art était en soi une sorte d’état suprême de la liberté, sorte d’allégorie de la rue du nirvana. Pourtant si l’on considère l’histoire de l’art, des Arts mêmes, on constate assez nettement trois longues périodes de créations.La Joconde de Leonard de Vinci

Des règles imposées par l’Histoire

Dans l’art, on entend d’abord… lard. Puis on entend liberté. Comme si l’art était en soi une sorte d’état suprême de la liberté, sorte d’allégorie de la rue du nirvana. Pourtant si l’on considère l’histoire de l’art, des Arts mêmes, on constate assez nettement trois longues périodes de créations.

La Joconde de Leonard de Vinci
La Joconde de Leonard de Vinci

L’art est né en même temps que l’Homme en tant qu’outil, mais n’a été considéré par certains comme Art que bien après. C’est d’ailleurs encore de nos jours une grande mode que de considérer à titre posthume qu’une œuvre était en réalité bonne. Et puis l’art fut intellectualisé et repris par les élites de la société jusqu’à son apogée pendant le Moyen-Âge et surtout pendant la Renaissance. L’art qui était jusqu’ici l’apanage du peuple devint celui de ceux qui savent : les instruits, les bourges et les curetons.
Les artistes de l’époque, Léonard de Vinci en tête suivis de ses célèbres contemporains émettent alors une série de règles pour que les arts visuels soient le plus proche possibles de le réalité. Ces règles impliquent alors que les artistes doivent passer par des phases d’apprentissages bien spécifiques -appelées écoles- afin d’en apprendre les canons. Bien loin de la liberté de création.

On invente alors le nombre d’or ou les proportions dans les arts visuels, mais également en musique où l’écriture des partitions promue par Guido d’Arezzo devient la référence à travers le monde occidental. Du baroque au romantisme, la musique, à l’image de la peinture et des autres arts, se désintéresse peu à peu de la religion pour devenir un plaisir non relié à Dieu. Ainsi la culture arriva.

Ut queant de Guido d’Arezzo

Début du XXème, destruction des règles

Une fois une scission commencée, le conventionnalisme -doctrine fondamentaliste prônant la séparation entre l’intuition et les valeurs cartésiennes- mourut en même temps que le XXème naquit. Ainsi, nombre de courants se sont affranchis des règles de l’art dictées quelques siècles auparavant, à commencer, cocorico, par le cubisme de Georges Braque qui prône une création en dehors de toutes règles, reprenant les influences de l’expressionnisme de la fin du XIXème. Puis vint le surréalisme d’André Breton et sa création de l’esprit en dehors de toute contrainte sociale et de raison.

André Breton

Cette création est finalement justifiée si l’on considère l’art comme une forme d’expression personnelle. Il peut alors sembler illogique de se référer à des références ou des règles qui ne soit pas personnellement dictées. Reste qu’il faut savoir la définition que l’on donne au concept d’art. Mieux. Savoir ce qu’on veut en faire et pourquoi on le fait. Si l’art est un moyen d’expression pour l’artiste, il peut alors se targuer d’être exempt de toutes règles ou de comptes à rendre -en supposant qu’aucune répression sociale ou politique ne vienne censurer son œuvre. Si l’art est le métier et le gagne pain de l’artiste alors le constat est différent. Il doit alors assouplir son art pour s’adapter à son public -appelé couramment mainstream en musique- et se conformer aux règles imposées par l’endogroupe afin d’y appartenir et d’y prendre de la valeur.

La notion de règle reste cependant farouchement opposé à celle d’art. Le fait de suivre une règle (ou par extension un courant ou une école) rend l’œuvre produite académicienne. C’est exactement la même chose qui différencie l’artisanat, qui produit à la main des œuvres uniques, de l’industriel, qui produit à la chaîne des œuvres identiques. Si l’œuvre n’est plus unique, peut-on encore parler d’art ? Ce serait comme considérer qu’une copie, aussi bonne soit-elle, puisse être de l’art, alors qu’aucune créativité n’est déployée, à l’inverse d’une reprise musicale qui peut être créative, à l’instar d’un hommage pictural.

Le règle de fin : la fin des règles

En même temps que les courants clairement anti-règles du début du XXème siècle (cubisme et surréalisme en tête) qui finalement ne faisaient que détourner des règles pour en créer d’autres (ce qu’a fait André Breton dans ses différents Manifeste sur Surréalisme), sont apparus des courants artistiquement qui se voulaient radicalement contre toutes formes de règles, imposant l’art non plus comme un objet avec une valeur mais comme démarche créative. Ce fut notamment le cas de Marcel Duchamp et de ses ready-made qu’il qualifiait lui-même d’objet usuel promu à la dignité d’objet d’art par le simple choix de l’artiste”. A ce titre, son œuvre la plus connue reste Fontaine, une pissotière adoubée en 1917 au rang d’œuvre d’art part sa simple volonté.

Art industriel

Ce qui, il y a quelques siècles n’aurait pas même provoqué la moindre réaction, est considéré aujourd’hui comme l’une des œuvres les plus influentes de l’Histoire de l’Art. L’objet devient une œuvre uniquement grâce à la démarche de son auteur et à la légitimité qui lui est confié par son endogroupe, une flopée de personnes influentes de son entourage et enfin ce que l’historien Thierry de Duve appelait le “regardeur”, c’est à dire celui qui réutilise le principe pour son compte, ici Alfred Stieglitz, principal photographe de l’urinoir.

Cette pratique arrive dans la musique un peu plus tard avec le rock et ses courants les plus extrémistes comme certains types de métal, véritablement violents (comme Mayhem et sa secte d’assassin incendiaires d’églises). A l’instar des arts picturaux, la musique est devenu un art où la démarche compte autant que la musicalité. Il n’est plus rare de voir tourner à outrance des artistes dont seul le show visuel est la caution de leurs œuvres (ou l’est devenu).

La mort de l’art

Alors, l’art est-il mort ? Clairement non. L’Homme n’a jamais été aussi créatif qu’en ce début de XXIème siècle. Entre les retours aux sources, le raccrochement aux règles établies dans les siècles passés et les avancées technologiques qui permettent de nouvelles créations, les artistes n’ont jamais été aussi prolifiques. Yves Michaud, le création de la sobrement nommée Université de tous les savoirs, disait à ce propos que “ce n’est pas la fin de l’art, c’est la fin de son régime d’objet”. Ce n’est pas Pascal Nègre ou Denis Olivennes qui diront le contraire, alors qu’ils peinent à vendre leurs objets.

Fontaine de Marcel Duchamp

“Ce que le XXème [et Internet] a tué, c’est la rentabilité de l’art” disait récemment un médiatique éditorialiste télévisuel. C’est oublier à quel point la plupart des artistes quels qu’ils soient moururent dans la pauvreté et l’anonymat complet. Leur crime ? Être artiste. Voila une règle sociale à laquelle il ne vaut mieux pas déroger.

Benjamin
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Comments (13):

  • Il y a quand meme des regles a respecter dans l art non?

  • De quel art parlez vous dans cet article? Il y en a tellement. Que ce soit la musique, les arts plastiques… Peut on réellement les diviser en trois périodes distinctes???? J’en doute. Il n’y a pas que l’Europe qui fait l’art non plus. Art veut dire technique, y a t-il de vrais libertés quand il y a des règles?

  • Britta,
    si j’ai mis un “a” majuscule ce n’était pas pour rien. Je n’ai pas parlé des arts, mais de l’Art en général. J’ai centré ma réflexion sur l’art occidental que je connais le mieux, mais le raisonnement est le même pour les autres continents.
    Quant à votre dernière question, c’est justement le sujet du premier paragraphe… Mais je ne suis pas contre votre analyse…

  • l’art c’est tout sauf cette phrase :)))

  • Pourquoi ? Parceque l’art c’est aller dans la voie où les gens veulent ? S’adapter à son public c’est tout sauf de l’art. C’est de la démagogie

  • Non mais dans tout les cas, les deux extrêmes sont nuisibles à l’art.

  • Quel est “l’autre” extreme ? Le 2e dont tu parles…

  • C’est là où parler avec des gens “comme toi” ne mène à rien puisque tu n’as même pas écouter l’autre point de vue… Mon avis n’est pas extrême, il nuance juste l’ensemble entre la liberté, l’autodidacte, et les règles et carcans qui ont élevé les œuvres d’arts depuis des siècles…

    Salut 😉

  • Parler avec des gens qui pensent c’est compliqué oui… D’abord tu me reproches une phrase sortie de son contexte et puis après de relever ton erreur.

    Tu parles de deux extrêmes (“les deux extrêmes sont nuisibles à l’art”, c’est toi qui l’écrit pas moi). J’ai bien compris que la première était la démagogie dont je parlais (puisque tu y réponds), mais j’ai aucune idée ce qu’est l’autre extrême… Je n’ai jamais dit que ton avis était extrême…

    Ce ne sont pas les règles qui ont élevé les œuvres d’art, mais les maitres qui les ont écrites. Si tu es étudiante en art tu devrais le savoir ! L’Histoire ne retient que les gens qui écrivent le début d’un courant (Hugo, AC/DC, Picasso…) et le reste des gens qui s’inscrivent dans la lignée du courant sont rapidement oubliés.
    Si on prend le cubisme, mis à part les gens qui l’ont initiés, il reste qui dans l’Histoire ? Même Delaunay qui avait pourtant initié la dernière phase du cubisme est tombé dans l’anonymat tandis que Dérain et Léger peinent à faire venir les gens à des expos. Mais qui se souvient de Archipenko, Marcoussis, Gris, Gleizes et la bande ? Personne. Pourquoi ? Parce qu’ils ont suivit des règles déjà établies. Contrairement à la bande à Dali qui eux les ont enfreints pour créer le surréalisme avec Buñuel et la bande à Breton. Eux sont restés dans l’histoire. Et pareil avec Duchamp en rechangeant les règles du surréalisme et en passant de l’art objet à l’art concept.
    La moralité ? C’est que quand on te dit que tu n’es plus dans le carcan -et que donc pour le public tu fais de la merde- c’est que t’es plutôt sur la bonne voie.
    Picasso faisait de la merde. Duchamp était refusé de partout. Je parle même pas des peintres post renaissance qui ont eu l’audace d’arrêter de peindre autre chose que la religion ou de frénétiques musiciens de Satan qui ont fait le rock, ou pire, le punk, qui a influencé des succès commerciaux aujourd’hui comme Lady Gaga ou Justin Bieber qui ne sont que le résultat de ce qui a été inventés avant.
    L’art, quel qu’il soit a été marqué par ses cassures et uniquement par ses cassures. Pas par des étudiants qui relataient le discours de leurs maitres (qui bien souvent étaient d’anciens disciplines d’un autre). Contrairement à la géopolitique, l’Histoire de l’Art n’est pas un éternel recommencement.

  • Oui oui reste dans tes certitudes 😉

  • Je note que tu surélèves bien le débat c’est cool. C’est très académique comme réaction. Et effectivement ça me conforte dans l’idée que c’est pas à l’école qu’on apprend la vie. L’art n’était que l’expression de sa vie, ça ne m’étonne pas qu’on soit incapable de l’apprendre sur les bancs d’une fac… Si c’est juste pour faire ça, il y a Wikipedia…

  • Tu me fais rire. Tu es quelqu’un qui a réponse a tout et par dessus tout égocentrique et fermé, en pleine sphère. Il n’y a qu’à voir la façon dont tu as répondu a Stéphane.

    Rentrer dans un débat est intéressant et cultivant, il crée parfois même des déclics mais probablement pas avec des gens aux esprits trop surs d’eux. Ça se résume dans ce cas ci a du rabâchage dans lequel la personne voudra toujours avoir raison. Pour moi, cela n’est en rien constructif…

    Sur ce, bonne continuation 🙂

  • Je suis fermé ? Je suis sorti de la discussion “extrême” pour repartir sur un débat pour général, alors que toi à 3 reprises tu réponds “on peut pas discuter avec toi, salut” sans même reprendre le moindre argument… Je viens de te faire une démonstration et tu n’as même pas daigné y répondre…

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