EnjoyPhoenix ou l’ode au bashing

Zaz. Kenji Girac. DSK. Jack Lang. Kev Adams. Léa Seydoux. Gérard Depardieu.
Ces sept personnalités ont un seul point commun, celui d’être la cible facile de colibets aigris. Pas parce qu’ils sont mauvais dans ce qu’ils font, pas non plus qu’ils ont fait quelque chose de particulièrement désagréable. Juste parce qu’un « on » anonyme a fait d’eux une caricature : Zaz qui ne se lave pas, Kenji le manouche, DSK le détraqué sexuel, Jack Lang le pédophile, Kev Adams l’ado pas drôle, Léa Seydoux la pistonnée, Gérard Depardieu l’alcoolique. Non seulement la plupart de ces clichés sont faux, mais la répétition des vannes associées est une insulte à l’humour.

Nouvelle arrivante dans la liste des gens qu’il fait bon de détester : EnjoyPhoenix. Youtubeuse de 20 ans, Marie parle de beauté, de fringue, de trucs d’ados et d’elle même. A travers une vie une peu storytellée elle décrit sa vie en donnant des conseils aux quelques 2 millions de jeunes qui la suivent. Ignorée pendant bien longtemps alors qu’elle touchait déjà des centaines de milliers d’adolescents, le bon Paris s’est mise à la détester (Les Inrocks et autres médias que personne ne lit en tête) lorsqu’elle a sorti #EnjoyMarie où elle raconte son histoire. Les mêmes qui ont trouvé savoureuses les confessions de Valérie Trierweiler sorties en même temps et tirées au même nombre d’exemplaire, trouvaient que le bouquin d’une ado n’était pas légitime car il serait mal écrit. Ah les jugements de valeurs… Sauf qu’en vendant 300 000 bouquins, Marie Lopez a fait lire 300 000 jeunes à l’heure où la jeunesse se désintéresse ouvertement de la lecture. La prose de Marie n’est effectivement pas Flaubert. Et tant mieux, sinon aucun ado ne l’aurait lu. Pire, si Marie avait eu la plume de Flaubert, les milieux autorisés l’aurait dénigré parce qu’elle ne respecte pas les codes admis pour faire parti des gens sur qui l’ont peut gaiement se branler dans les soirées de gens auto-autorisés.

Depuis, chaque sortie de EnjoyPhoenix est bonne à la ridiculiser. Elle fait Danse Avec les Stars ? Qui sera sa star ? Une vidéo de bouffe ratée ? Haro dans les grands médias. Un problème de maquillage ? Leçons d’éthique dans la presse. Cette même presse qui n’a aucun problème pour mettre en place du clic-bait et faire ses records d’audience et de retombées social sur tout ce qui n’est pas du journalisme. Ethique.

La vérité, c’est que les gens qui commentent la vie d’EnjoyPhoenix en prenant bien soin de la mentionner, au cas où elle voudrait répondre (fort à parier qu’ils nuanceraient aussitôt leurs propos) et pour capter son audience (on est quand même là pour faire du clic) lorgnent sur ce qu’elle fait depuis des années. Depuis des années ils font croire à leur influence en s’auto invitant les uns les autres et en se vendant entre potes à leurs clients qui n’y connaissent rien (allant jusqu’à exclure les youtubeurs de leurs opés comm alors qu’ils sont moins chers et bien plus gros communiquants) tout en se disant écrivain parce qu’ils ont un bouquin planqué dans leur tiroir qu’aucun éditeur ne veut et qui finira sur Amazon ou Edilivre, en espérant que quelques e-potes, perdus dans leurs errances parisiennes aigries, accepteront de dépenser les cinq balles nécessaires à la lecture de leur plume supposée flauberienne.

Perdue dans cette jungle cruelle des commentaires réputés virtuels, Marie s’en émeut (rarement) dans ses vidéos, ce qu’il est bon ton de noter afin de s’en moquer.
Mais tu sais Marie, quand le tout Paris prend le temps de te taper dessus, quand les auto proclamés influents se mettent au EnjoyBashing, quand la presse que personne ne lit tente de se raccrocher aux branches de ton audience, c’est que non seulement tu es bien au dessus d’eux, mais que tu rejoins le cercle très fermé des gens à l’image tellement puissante qu’elle en parait déshumanisée. Et de ces gens, dont on peut dire tout et n’importe quoi impunément, comme s’ils n’étaient personne. Mais après tout, être comparé à des gens comme Zaz, DSK ou Depardieu c’est pas si mal comme carrière non ?

Je me rappelle la première fois où je t’ai vu. Nous étions dans une salle d’attente et on venait de m’annoncer que deux blogueuses beauté arrivaient. J’avais un gros a priori parce que bon, j’en ai connu plein des blogueuses beauté, et j’avais peur de me retrouver avec deux clichés un peu pimbêches, sures d’elles et imbuvables. Le noir, le lama et les bizarreries aidant, j’ai découvert une meuf marrante et bon délire qui ressemble en tout point à l’image que tu dégages quand on regarde tes vidéos. Certes, je ne suis pas ton plus grand fan (mais je ne suis pas non plus la cible de ce que tu fais) mais j’ai un grand respect pour les gens qui créent quelque chose sincèrement, peu importe la portée de leur travail. Tu n’as aucun besoin de mon soutien pour faire ce que tu fais, mais en espérant te revoir bientôt, je te fais un e-bisous, et, comme dirait Sinsemilia, je te souhaite tout le bonheur du monde.

Benjamin Charles

Photographe, réalisateur, consultant social media & content

Author posts

Add comment: